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février 2016

Nutrition

Le végétalisme : la désinformation dans la formation des professionnels de la santé

Je vois souvent en consultation des parents morts d’inquiétude après une visite chez le pédiatre. Après avoir appris que l’enfant suivait une diète végétalienne, le médecin alarmé s’empressait d’énumérer tous les risques de carences auxquels le petit était exposé.  Certains culpabilisent les parents en leur affirmant qu’ils mettaient leur progéniture en danger. D’autres vont jusqu’à demander aux parents s’ils faisaient partie d’une secte. Malheureusement, certaines familles vont se laisser convaincre par leur médecin et vont réintroduire des produits animaux dans leur alimentation. Ces histoires d’horreur me font faire des minis crises cardiaques.

Les médecins ne sont pas les seuls coupables. Le végétarisme et le végétalisme ont souvent mauvaise presse auprès de la plupart des professionnels de la santé, incluant les nutritionnistes. Les adeptes d’une alimentation à base de végétaux sont souvent considérés comme étant des marginaux extrémistes et à risque de carences nutritionnelles. Dans ce contexte, je peux (presque) comprendre les gens qui  vont préférer se tourner vers des spécialistes en nutrition, whatever that means, pour les guider dans leur alimentation plutôt que de consulter un nutritionniste-vendu-aux-produits-laitiers-et-à-la-viande.

Ce qui est surprenant c’est que peu de professionnels de la santé savent qu’une alimentation végétalienne bien équilibrée s’avère tout à fait adéquate. Toute personne en santé est en mesure de combler ses besoins nutritionnels avec une alimentation végétalienne, incluant les nourrissons et les tout-petits.

« La position de l’Association américaine de diététique est que les alimentations végétariennes (y compris végétaliennes) bien conçues sont bonnes pour la santé, adéquates sur le plan nutritionnel et peuvent être bénéfiques pour la prévention et le traitement de certaines maladies. Les alimentations végétariennes bien conçues sont appropriées à tous les âges de la vie, y compris pendant la grossesse, l’allaitement, la petite enfance, l’enfance et l’adolescence, ainsi que pour les sportifs [1] ».

Alors pourquoi est-ce que le milieu médical demeure-t-il si réticent face à une alimentation végétalienne? Peut-être que notre éducation représente en partie la raison de cette crainte. Je n’ai pas de formation en médecine, mais je sais que durant leurs études, les futurs docteurs n’ont que quelques heures de cours de nutrition. Il est donc tout à fait normal qu’ils ne soient pas LA référence en ce qui concerne l’alimentation. Par contre, ce qui me chicote c’est que le baccalauréat en nutrition n’aborde que très peu le végétalisme. Tout ce dont j’ai retenu sur le sujet après mes études est que le végétalisme expose les gens à des risques de carences nutritionnelles (et non ma mémoire ne me fait pas défaut, j’ai questionné des collègues et étudiants en nutrition). Comment est-ce que la formation des futurs diététistes/nutritionnistes,  les seuls professionnels de la santé reconnus par le Code des professions comme les spécialistes de la nutrition humaine et de l’alimentation peut-elle faire abstraction des conséquences d’une consommation de viande non seulement sur la santé, mais également sur l’environnement? En gros, la job d’un diététiste/nutritionniste consiste à guider la population dans l’adoption d’une saine alimentation. Par contre, qu’est-ce qui définit une saine alimentation? Pourquoi  la question éthique et environnementale de l’alimentation demeure-t-elle si peu abordée?

Le but n’est pas de partir des débats sur les lobbies de l’industrie ou dévaloriser la profession de nutritionniste. Au contraire, je suis fière d’être nutritionniste et à mon avis, ces professionnels demeurent LA référence en nutrition. Toutefois, il est primordial d’améliorer notre formation.

Heureusement, de plus en plus de médecins et de professionnels de la santé s’ouvrent au végétalisme. Je remarque (avec plaisir) un intérêt plus marqué pour l’alimentation végétarienne/végétalienne chez les étudiants en nutrition.  Les mentalités changent lentement, mais sûrement. En attendant, je me concentre à informer et à sensibiliser le plus de gens possible et à, parfois, réparer les pots cassés.

[1] American Dietetic Association, Position of the America Dietetic Association: Vegetarian Diets JADA, 2009. 109(7): p. 1266-82